Polysèmes 18 (2017) : L’immobilité vive

Intense Immobility

Sous la direction de Isabelle Gadoin et Pascale Tollance

Ce numéro propose d’interroger une fois de plus le dialogue entre le texte et l’image en examinant tout particulièrement ces éclats de temps que nous offrent les « arts sœurs », ces moments où s’allient l’immobilité et le mouvement – ou encore ces moments tout court, puisque le « momentum », mouvement ou impulsion, mais aussi influence, poids, importance, porte déjà en lui le temps et son suspens. Si en peinture c’est la nature morte (Still Life, Stilleven, Stillleben) qui, par excellence, met à l’œuvre la tension entre le temps en mouvement et l’inscription dans l’espace, le moment se décline de bien d’autres façons encore dans les arts visuels : moments de surprise liés à une rencontre ou une révélation, moments de terreur et d’effroi, moments de fascination, d’extase ou de ravissement, ou encore moments de grâce. L’image semble ainsi dotée du pouvoir d’accueillir le temps en défiant la fixité qui est la sienne, ou, à l’inverse, exacerbe son pouvoir de figer les corps pour manifester un point d’intensité ou d’arrêt qui porte la trace d’un événement. Qu’elle s’anime ou se pétrifie, qu’elle nous mette face à un bougé, à un tremblé, ou qu’elle porte à son paroxysme la stase, l’image déploie le spectre de son pouvoir à exprimer une « immobilité vive », selon l’expression de Roland Barthes (La Chambre claire). Le texte a lui aussi mille et une façons de dire la tension entre le mouvement et la stase. Ce numéro propose d’examiner la manière dont les mots mettent l’image, réelle ou virtuelle, littérale ou figurée, au service du moment, ou encore la façon dont on peut dire que le texte « fait image » pour citer Jean-Luc Nancy (Au fond des images). En « faisant image », le texte peut manifester un suspens, un effacement ou un effondrement du sens à travers lequel les registres visuel et vocal se brouillent, comme le souligne Pierre Fédida dans « Le souffle indistinct de l’image ». Avec cette conception de l’image comme « arrêt sur le langage, instant d’abîme du mot » (Fédida), ce sont aussi les questions du déplacement métaphorique et du figural, et de son écart éventuel avec l’ordre du visuel, qui sont abordées.

Poétique et narration de l’instant

AMÉLIE DUCROUX
Tourner autour du vase chinois : poétique de l’immobilité vive chez T.S. Eliot

HÉLÈNE GAILLARD
« The Great Figure » : déchiffrer la stase dynamique opérée par William Carlos Williams et Charles Demuth

KAREN BROWN
Stillness and Temporality in the Work of Louis MacNeice

CATHY ROCHE-LIGER
À la recherche du lien et du moment perdus : « 57 Dartmouth Square » et « Il Bambino Dormiente » de Paul Durcan

MARIE-ODILE SALATI
Dans le feu de la guerre et de l’amour : l’étirement de l’instant chez Hemingway

Arrêts sur image : dessin, peinture, sculpture

LILIANE LOUVEL
L’immobilité vive, ou « une petite étoile à la vitre du texte »

COLETTE CAMELIN
« Image simultanée » et « immobilité vive » (Cendrars, Delaunay, Léger)

SOPHIE MARUÉJOULS-KOCH
Tennessee Williams, the Playwright-Painter: Vieux Carré and Something Cloudy, Something Clear at the Crossroads between Text and Image

KIRSTY BELL
« Cet atelier de l’intensité » : Louise Warren et l’œuvre d’Alberto Giacometti

Le moment photographique

JULIE LEBLANC
Déroulement temporel/reconstructions textuelles et visuelles d’une vie : étude génétique des journaux personnels et des albums photographiques de Jacques Henri Lartigue (l’année 1944)

OLIVIER LEPLATRE
Pli des temps et refuge des images : travail du montage dans Le Petit Chaperon rouge re-conté par Sarah Moon

ANNE-CÉCILE GUILBARD
Il n’y a d’immobilité qu’invisible (peut-être) : la lumière et les objets photographiques

Varia

Variations sur l’illusion

SHANNON WELLS-LASSAGNE
L’art de l’illusion chez Elizabeth Bowen

ISABELLE KELLER-PRIVAT ET MURIELLE PHILIPPE-CAPLAN
« Paper-thin mirages », de l’illusion des sens au sens de l’illusion dans Le Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell

NATHALIE MARTINIÈRE
Signaler l’illusion : l’exemple de Possession de A.S. Byatt

CATHERINE PESSO-MIQUEL
L’illusion d’une langue étrangère à elle-même : l’étrangeté linguistique dans Brick Lane, de Monica Ali