17 May, 2013
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53ème Congrès de la SAES

Université de Bourgogne

17-19 mai 2013

Co-organisatrices : Sophie Aymes, Fiona McMahon et Christelle Serée-Chaussinand

Texte de cadrage :

« Anyway, from 1912, I decided to stop being a painter in the professional sense. I tried to look for another, personal way, and of course I couldn’t expect anyone to be interested in what I was doing ».

Cette déclaration de Marcel Duchamp inscrit l’appellation dans le champ de la pratique artistique, de la définition de l’œuvre d’art et de sa réception. Changer d’appellation, refuser ou subvertir les appellations conventionnelles, en créer de nouvelles sous la forme de néologismes, voilà autant de prises de position qui sont au cœur de la relation esthétique. L’appellation est aussi l’une des modalités de la relation intermédiale et nous vous invitons à réfléchir à sa fonction spécifique dans les rapports entre le texte et l’image, entre différents médiums, au sein d’œuvres hybrides, mais aussi à sa fonction méthodologique dans la critique intermédiale.

Les communications pourront porter sur les médiations discursives où l’appellation a une fonction définitoire d’autorité et de reconnaissance (naming et labelling) : intentions explicites de l’auteur, assignation à une catégorie générique par la critique, validation par les institutions culturelles, muséales, éditoriales remédiant « à l’incertitude catégorielle contemporaine » et permettant d’orienter le spectateur novice (Gérard Genette, La Relation esthétique, 1997, p. 211). Dans cette perspective, on pourra par exemple s’interroger sur la valeur de l’appellation comme garantie d’authenticité et de typicité ou comme critère de distinction entre ce qui relève de l’art et ce qui n’en est pas. On pourra aussi se demander si l’appellation est consubstantielle de l’appréciation de l’œuvre.

Dans le cadre de la pratique artistique, littéraire, et poétique, l’appellation peut faire partie intégrante de l’œuvre dont elle fixe le sens en fonction d’une étape particulière de sa genèse. « Sculpture ou rocher ? » demande Gérard Genette (p. 255). Est-ce le matériau d’origine, le lieu de fabrication ou le procédé technique qui fait l’œuvre et lui confère une appellation d’origine contrôlée, au sens où l’on parle d’un marbre ou d’une estampe ? L’appellation est-elle plutôt formulée dans le titre ou la légende, dont Liliane Louvel signale la fonction régulatrice mais aussi les effets de trop plein ou encore les apories (Le Tiers pictural, 2010) ? À cet égard, on pourra s’intéresser à la « poétique » de l’appellation (jeux sur le code, linguistique et/ou esthétique), voire à sa « poéthique ». Il sera particulièrement fécond de voir comment l’appellation reflète ou occulte la nouveauté, la rupture et l’événement et quelle est sa temporalité propre.

Un autre champ d’investigation pourra rendre compte des stratégies élaborées pour contrer ce régime définitoire ou institutionnel de l’appellation : récusations de l’auteur, fins de non-recevoir, réactions du public, interpellation (addressing), déni d’appellation sont autant de modalités de cette contre-offensive dans le champ de la réception. Il s’agira à cet égard d’intégrer dans notre réflexion les productions ou artefacts non artistiques et non canoniques qui sollicitent ou refusent toute appellation. Mais c’est aussi au sein de l’œuvre ou de l’artefact que peut se manifester une forme d’hésitation ou de contradiction : incertitude générique, catégories intermédiaires et hybrides, concurrence entre différentes techniques, entre différents termes pour les désigner (la photographie ne s’est pas toujours appelée ainsi). L’œuvre elle-même peut exhiber sa propre déviance et démentir l’appellation dont la stabilité rassurante ne peut recouvrir tous les effets de sens : trahir l’appellation, est-ce alors trahir un sens implicite ? L’appellation invite-t-elle une forme de subversion ? Il faudra ici précisément réfléchir au régime de l’image qui est, comme l’énonce Marie-José Mondzain, fondée sur la déliaison et la résistance à toute détermination (« L’Image entre provenance et destination » dans Emmanuel Alloa (éd.) Penser l’image, 2010). On pourra enfin réfléchir à ce qui fait sens au-delà du champ symbolique du langage, aux confins du territoire balisé par l’appellation.

Les communications pourront porter sur tous types de productions et de supports, œuvres d’art, écrits d’artistes, écrits critiques, livres illustrées, traités techniques ou scientifiques, etc.